Le raccordement du tableau électrique est l’aboutissement de tout le chantier : des dizaines de gaines arrivent dans la goulotte et chacune doit rejoindre le bon disjoncteur, avec une terre correctement reliée et un câblage suffisamment soigné pour que le tableau reste lisible pendant des décennies. La clé de cette étape tient en un mot : la méthode. Ce guide détaille, pas à pas, l’installation et le raccordement d’un tableau électrique de maison, de la fixation du coffret jusqu’aux essais.
Les prérequis avant de commencer

Le raccordement intervient lors de la seconde intervention, une fois les cloisons peintes et l’appareillage posé. À ce stade, le tableau doit déjà être monté — rails, différentiels, disjoncteurs, peignes — selon la méthode décrite dans notre guide de réalisation du tableau électrique. Il faut aussi disposer :
- du plan d’implantation du tableau ;
- du second jeu d’étiquettes de repérage des gaines, imprimé lors de la préparation du chantier ;
- d’un outillage adapté : tournevis isolés, pince à dénuder, pince coupante, testeur, multimètre, contrôleur d’isolement si possible.
Étape 1 : fixer le tableau sur un support adapté

Le tableau se fixe sur un support non propagateur de flamme. Dans une GTL en cloison, on utilise une plaque de plâtre spécifique classée au feu (plaque « rose », M0 / A2-s1,d0) ou une double épaisseur de plaque. Le coffret doit être parfaitement de niveau et solidement fixé : il supportera le poids des appareillages et les efforts de serrage. L’arrivée des gaines par le bas du tableau ou par la goulotte doit être dégagée.
Étape 2 : couper et repérer les gaines
Les gaines arrivent de la dalle et des cloisons en grande longueur. On les recoupe toutes à une hauteur homogène, par exemple à environ 30 cm sous le tableau, pour laisser une réserve confortable. Immédiatement après chaque coupe, on colle l’étiquette correspondante du second jeu, en faisant apparaître le repère sur l’avant de la gaine.
Un conseil simple mais décisif : ne pas retirer d’un coup tous les bouts de gaines découpés. Chaque tronçon maintient ses fils ensemble ; les enlever trop tôt mélangerait les conducteurs de toutes les lignes, et retrouver quelle phase va avec quel neutre deviendrait un travail de détective au multimètre.
La signification de chaque repère (CV1 pour le convecteur 1, VR2 pour le volet roulant 2, AL1 pour l’alimentation de la boîte de combles 1…) est détaillée dans notre article sur les gaines électriques préfilées.
Étape 3 : raccorder les phases et les neutres
On traite les circuits un par un, rangée par rangée, en suivant le plan d’implantation :
- repérer le disjoncteur de destination du circuit ;
- couper la phase et le neutre environ 15 cm plus longs que la hauteur de raccordement, pour pouvoir les mettre en forme proprement ;
- dénuder sur la longueur indiquée par le fabricant du disjoncteur ;
- insérer le conducteur dans la borne jusqu’en butée et serrer au couple prescrit (ou vérifier la tenue sur une borne automatique) ;
- tirer légèrement sur chaque conducteur pour contrôler le serrage.
Pour faire passer facilement les fils derrière les disjoncteurs et les peignes, une astuce consiste à utiliser un morceau de tube PER comme guide : on y glisse les conducteurs, on pousse le tube derrière la rangée, puis on le retire.
Les conducteurs se mettent en forme en suivant des chemins parallèles et des angles nets. Un câblage « peigné » n’est pas qu’une question d’esthétique : il facilite le contrôle, la maintenance et l’ajout ultérieur de circuits.
Règles de couleurs
- neutre : toujours bleu clair, raccordé sur la borne N du disjoncteur ;
- phase : rouge, marron, noir ou autre couleur, sauf bleu et vert/jaune ;
- terre : toujours vert/jaune.
Le neutre d’un circuit doit être protégé par le même interrupteur différentiel que sa phase : mélanger les neutres entre deux différentiels provoque des déclenchements intempestifs.
Étape 4 : raccorder les conducteurs de terre
Chaque circuit possède son conducteur de protection vert/jaune. Plutôt que de tous les amener individuellement sur la barrette de terre du tableau, souvent trop petite, on peut les regrouper :
- couper toutes les terres à une même hauteur ;
- les dénuder sur environ 8 à 11 mm selon la borne ;
- les raccorder par groupes sur des bornes Wago à 8 entrées ;
- recourber proprement l’ensemble dans la goulotte ;
- relier chaque borne de regroupement à la barrette de terre en bas du tableau par un conducteur vert/jaune de section suffisante (2,5 mm² minimum, davantage si la borne regroupe des circuits de forte section).
La barrette de terre est elle-même reliée par le conducteur principal de protection (16 mm² cuivre) à la borne principale de terre, puis à la prise de terre. La résistance de la prise de terre doit être mesurée : une valeur inférieure à 100 ohms est exigée avec des différentiels 30 mA, et plus elle est basse, mieux c’est.
Étape 5 : raccorder les circuits particuliers
- le chauffe-eau : son circuit passe par le contacteur jour/nuit, piloté par le signal heures creuses du compteur ;
- les télérupteurs : on raccorde séparément le circuit de commande (retour des boutons-poussoirs sur A1) et le circuit de puissance vers les lampes, selon les schémas présentés dans notre guide des schémas d’interrupteurs ;
- le parafoudre : liaison la plus courte possible vers la barrette de terre ;
- le coffret de communication : alimentation de la prise modulaire et repérage des câbles RJ45.
Étape 6 : contrôles et essais
Avant toute mise sous tension :
- contrôler visuellement chaque connexion : aucun cuivre nu ne dépasse des bornes, aucun isolant n’est pris sous une borne ;
- vérifier le serrage de toutes les bornes, y compris celles des peignes ;
- mesurer la continuité des conducteurs de protection jusqu’aux prises et aux points lumineux ;
- mesurer l’isolement entre conducteurs et par rapport à la terre ;
- mesurer la résistance de la prise de terre.
Puis, sous tension, en alimentation provisoire depuis le coffret de chantier si le raccordement au réseau n’est pas encore effectué :
- mettre sous tension circuit par circuit ;
- tester chaque prise avec un testeur de prise (présence de terre, inversion phase/neutre) ;
- tester chaque point lumineux et chaque commande ;
- appuyer sur le bouton test de chaque interrupteur différentiel ;
- vérifier le fonctionnement des volets, du chauffage et du chauffe-eau.
Lorsque la préparation a été rigoureuse — gaines repérées, pieuvres vérifiées au raccordement, plan d’implantation respecté — les essais réussissent généralement du premier coup. C’est tout l’intérêt de la méthode décrite dans notre article sur la pieuvre électrique.
Étape 7 : finaliser et documenter
- Poser les obturateurs sur les emplacements libres.
- Coller les étiquettes de repérage de chaque disjoncteur.
- Ranger le schéma unifilaire dans le tableau.
- Remonter le capot et la porte.
Pour une construction neuve, l’attestation de conformité visée par le Consuel est indispensable avant la mise en service définitive par le gestionnaire de réseau. Un tableau propre, repéré et documenté facilite grandement cette visite de contrôle.
Questions fréquentes
Peut-on raccorder deux circuits sur un même disjoncteur ?
Non : chaque circuit a son propre disjoncteur divisionnaire. Raccorder deux lignes sur une même borne fausse le dimensionnement et rend le repérage illisible.
Faut-il resserrer les bornes après quelques mois ?
Sur des bornes à vis, un contrôle du serrage lors de la première maintenance est une bonne pratique, le cuivre se tassant légèrement. Les bornes automatiques à ressort ne demandent pas de resserrage.









