La préparation d’un chantier électrique représente une part décisive du travail, alors qu’aucun fil n’est encore tiré. Plans, schéma de tableau, choix des gaines, étiquetage, commande du matériel, coordination avec le maçon et le plaquiste : tout ce qui est anticipé au bureau fait gagner des journées entières sur le terrain et évite les erreurs qui ne se voient qu’à la mise sous tension. Voici la méthode, étape par étape, pour préparer une installation électrique neuve ou une rénovation complète.
Pourquoi la préparation conditionne tout le chantier

Une installation électrique se réalise en plusieurs passages espacés de plusieurs semaines : réservations dans la dalle, première intervention (pose des gaines et des boîtiers avant fermeture des cloisons), puis seconde intervention (appareillage et tableau). Entre ces passages, d’autres corps de métier interviennent et figent le travail : le maçon coule la dalle, le plaquiste ferme les cloisons, l’isolation recouvre les combles. Une gaine oubliée à la première intervention coûte cher à rattraper : saignée dans une cloison neuve, goulotte apparente ou renoncement au point électrique prévu.
La préparation a donc trois objectifs : ne rien oublier, limiter le temps passé sur place et réussir les essais du premier coup.
Étape 1 : établir le plan électrique

Tout commence par un plan de la maison à l’échelle, pièce par pièce, sur lequel on positionne chaque point électrique :
- prises de courant, en respectant les minimums de la norme NF C 15-100 (par exemple au moins 5 socles dans un séjour jusqu’à 28 m², 3 dans une chambre, 6 dans une cuisine dont 4 au-dessus du plan de travail) ;
- points lumineux et leurs commandes (simple allumage, va-et-vient, télérupteur — voir notre guide des schémas d’interrupteurs) ;
- circuits spécialisés : plaque de cuisson, four, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge, chauffe-eau, VMC ;
- chauffage électrique, sèche-serviettes, volets roulants ;
- prises de communication RJ45 et prises de télévision ;
- équipements extérieurs : éclairage, portail, interphone, prise extérieure.
Le plan utilise un code couleur cohérent pour distinguer les familles de circuits (prises, éclairage, chauffage, volets). Ce même code se retrouvera ensuite sur les gaines et les étiquettes.
Penser l’usage, pas seulement la norme
La norme fixe des minimums ; le confort se joue au-delà. Où sera le lit ? Le canapé ? Le bureau ? Une prise derrière la télévision avec ses prises RJ45 et coaxiale, des prises de chaque côté du lit avec une commande de l’éclairage, une prise dans le placard pour un aspirateur robot : ces détails se décident sur plan, jamais sur le chantier.
Étape 2 : regrouper l’éclairage par zones
Une fois les points lumineux placés, on les regroupe par zone (zone jour, zone nuit, étage) autour de boîtes de combles. C’est le principe de la pieuvre électrique : chaque lampe et chaque groupe d’interrupteurs est relié par une gaine à une boîte centrale, au lieu d’être chaîné de point en point. Pour une maison d’environ 135 m², deux pieuvres suffisent généralement. Ce découpage se fait sur plan et détermine la longueur et le nombre des gaines à commander.
Étape 3 : dessiner le schéma du tableau
À partir du plan, on établit la liste des circuits et leur protection :
| Circuit | Section | Protection |
|---|---|---|
| Éclairage (8 points max) | 1,5 mm² | Disjoncteur 16 A |
| Prises 16 A (8 socles max) | 1,5 mm² | Disjoncteur 16 A |
| Prises 16 A (12 socles max) | 2,5 mm² | Disjoncteur 20 A |
| Lave-linge, lave-vaisselle, four, chauffe-eau | 2,5 mm² | Disjoncteur 20 A |
| Plaque de cuisson | 6 mm² | Disjoncteur 32 A |
| Volets roulants | 1,5 mm² | Disjoncteur 16 A |
Les circuits sont ensuite répartis derrière des interrupteurs différentiels 30 mA (type AC et type A selon les circuits), en équilibrant les charges. Le plan d’implantation du tableau — rangée par rangée, module par module — se dessine à ce stade, avec une réserve d’au moins 20 % pour les évolutions futures. Il servira directement lors de la réalisation du tableau.
Étape 4 : définir les gaines et recenser les lignes directes
Chaque circuit correspond à un type de gaine. Travailler en gaines préfilées fait gagner un temps considérable et évite les gaines pincées dans lesquelles les fils ne passent plus. Le choix des sections, des diamètres et des couleurs est détaillé dans notre article sur les gaines électriques préfilées.
On dresse ensuite un tableau de toutes les lignes directes à tirer depuis le tableau : chaque prise spécialisée, chaque alimentation de boîte de combles, chaque convecteur, chaque volet, chaque câble de communication. Ce recensement donne le nombre exact de gaines qui arriveront au tableau, donc la taille de la goulotte et le nombre de passages à réserver dans la dalle.
Étape 5 : préparer les étiquettes
Chaque gaine reçoit un repère unique (par exemple « CV1 » pour le convecteur 1, « VR2 » pour le volet roulant 2, « AL1 » pour l’alimentation de la boîte de combles 1). Ces repères sont saisis dans un tableur puis imprimés sur des planches d’étiquettes autocollantes, en deux jeux :
- le premier sert à repérer les gaines lors de la première intervention, à leurs deux extrémités ;
- le second sert au moment du raccordement du tableau, lorsque les gaines sont recoupées.
Ce travail de bureau d’une heure évite des heures de recherche au multimètre lors du raccordement du tableau.
Étape 6 : anticiper les réservations dans la dalle
Avant le coulage de la dalle, il faut avoir positionné les fourreaux qui remonteront sous le tableau électrique, ainsi que l’arrivée du câble d’alimentation du réseau public et celle des réseaux de communication. Leur emplacement dépend de la position exacte du tableau et de l’épaisseur de l’isolant des murs extérieurs. Cette étape est détaillée dans notre guide du positionnement des gaines dans la dalle béton. C’est la première échéance du chantier et elle ne pardonne pas : une fois la dalle coulée, il est trop tard.
Étape 7 : commander le matériel et organiser le véhicule
Le plan et le recensement des lignes permettent de chiffrer précisément le matériel : longueurs de gaines par type, nombre de boîtiers d’encastrement (cloison sèche ou maçonnerie), boîtes de combles, appareillage, tableau, modules, bornes de raccordement. Commander en une fois évite les allers-retours chez le grossiste.
Le véhicule de chantier s’organise de la même façon : outillage de perçage et de saignée, scies cloche aux bons diamètres, aiguille tire-fils, pince à dénuder, testeur, niveau laser, et un stock tampon de petites fournitures (bornes Wago, colliers, boîtiers). Un électricien qui doit partir chercher une pièce manquante perd une demi-journée.
Étape 8 : se coordonner avec les autres corps de métier
Le planning électrique s’imbrique dans celui du chantier :
- avant dalle : réservations et fourreaux ;
- après pose des rails et avant fermeture des cloisons : première intervention, gaines et boîtiers ;
- avant isolation des combles : pose et repérage des boîtes de combles, en dessous des fermettes pour éviter les ponts thermiques ;
- après peinture : seconde intervention, appareillage, raccordement du tableau et essais.
Le même raisonnement vaut pour la plomberie, dont les évacuations et alimentations se préparent aussi dès le gros œuvre, comme le montre notre guide du raccordement des sanitaires.
La check-list avant la première intervention
- Plan électrique validé avec le client, pièce par pièce.
- Schéma et plan d’implantation du tableau établis.
- Liste des lignes directes et des repères de gaines complète.
- Deux jeux d’étiquettes imprimés.
- Réservations dans la dalle réalisées et contrôlées.
- Matériel commandé et livré.
- Dates de passage calées avec le maçon, le plaquiste et l’isolateur.
Avec cette préparation, la première intervention se déroule méthodiquement, sans hésitation, et le chantier avance au rythme prévu.









